Un voilier nommé Liberté

Né un premier mai 1913, Max Pol Fouchet est le fils unique d’une famille d’armateurs. Baptisé laïquement par les membres de l’équipage du voilier Liberté entre les côtes Française et Anglaise, il passe une partie de son enfance chez sa grand mère maternelle, rue des Batignolles à Paris. Au lendemain de la Grande Guerre, le chef de famille, Paul Hubert Fouchet, ne peut empêcher la faillite de son entreprise. Il quitte la France pour Bruxelles pour fonder un comptoir de modes. Là, le père de Max Pol, gazé sur le front tandis qu’il secourait des blessés allemands, voit sa santé décliner, nécessitant que sa femme, Lucie, se consacre exclusivement à ses soins. L’argent manque. Le jeune collégien fait l’expérience de la solitude parmi ses camarades flamands. C’est alors qu’il dévore les classiques, et commence à nourrir une véritable passion pour l’écrivain emblématique que représente Victor Hugo.

En 1923, c’est le départ pour l’Afrique du Nord. La famille Fouchet s’installe sur les hauteurs d’Alger. Max Pol fera ses études au Lycée Hoche. Loin de sa terre natale, il se prend de passion pour Anatole France, écrit et illustre son premier roman : Gaël le Terre Neuvas, avant d’élaborer grâce à la complicité d’un camarade de classe, une première revue d’actualité culturelle, L’Os à Moelle se référant à un précurseur célèbre parmi les humanistes, François Rabelais. En 1929, Paul Hubert Fouchet disparaît, en faisant jurer à son fils de « tendre la main aux allemands par dessus sa tombe », et d’œuvrer à la fraternité entre les peuples. Max Pol s’engagera dans une lutte antifasciste d’autant plus déterminée. Au début des années trente, il fonde les Jeunesses Socialistes d’Algérie, qu’il dote d’un bulletin, Non !, réquisitoire contre les dérives autoritaristes et totalitaires émergeant en Europe. Orateur de talent, il multipliera les meetings dans le bled avec l’appui du Front Populaire.

A cette époque, Max Pol fréquente le même lycée qu’Albert Camus. Les deux camarades se découvriront une passion commune pour Dostoievski, et, malgré leurs divergences politiques (Camus est alors communiste), s’établit entre eux une amitié profonde, nourrie par leurs lectures, leur réflexion existentielle commune, leur quête de liberté, leur engagement en tant qu’écrivains. Elèves du philosophe Jean Grenier, ils écrivent sous l’égide de leur professeur dans la revue Sud, formant avec d’autres étudiants, Louis Benisti, Jean de Maisonseul, Louis Miquel, tous élèves du Corbusier, un petit groupe d’intellectuels et d’artistes avant gardistes. Atteints tous deux de tuberculose, Camus et Fouchet séjourneront ensemble au sanatorium de Saint Hilaire du Touvet durant leur année de terminale. Max Pol entame alors une longue correspondance avec l’écrivain Jean Giono. C’est aussi l’époque où le jeune homme connaît son premier grand amour : Simone Hié.  En 1931, Lucie Fouchet refait sa vie avec un négociant proche des Croix de Feu, poussant le jeune étudiant à rompre avec le milieu familial bourgeois. Celui-ci endosse le bleu de travail : il exercera plusieurs métiers, dont celui de peintre en bâtiment, avant d’embarquer en 1933 en tant que mousse sur le cargo Monique Schiaffino. Cependant, lorsqu’il revient à Alger après avoir effectué son service militaire, Simone Hié, sa fiancée dont il est très amoureux, a épousé Albert Camus. Cette double trahison blessera profondément Fouchet. Malgré quelques échanges de correspondance, les rapports entre les deux hommes en sont définitivement changés, leur amitié brisée.

Max Pol Fouchet décide de reprendre ses études et de terminer sa licence. Afin de subvenir à ses besoins, il travaille comme surveillant à l’école Lavigerie, dont les conditions de vie extrêmement précaires occasionnent une rechute de sa maladie. Lors de sa convalescence à Sainte Hilaire, il fait une rencontre importante : celle d’Emmanuel Mounier, qui lui propose de devenir le correspondant de la revue Esprit pour l’Afrique du Nord.

A Alger, le jeune libraire Edmond Charlot, se lance dans l’édition avec l’ouverture des Vraies Richesses : parmi ses premières publications figurent les œuvres de Jean Grenier, d’Albert Camus, ainsi que les premiers recueil de poèmes de Max Pol Fouchet : Simples sans vertu, suivi par Vent Profond (1938). Au lendemain de la Guerre d’Espagne, le jeune militant marque son désaccord avec la position du gouvernement Blum en démissionnant du Parti Socialiste. Il obtient cette même année 1937, une bourse d’études pour l’Ecole Française d’Athènes, travaille à Delphes avec une équipe d’archéologie : dans les Cahiers du Sud seront publiés des travaux tels Athènes sans Acropole, La figue de Delphes. En 1939, Max Pol Fouchet est nommé conservateur adjoint au musée des Beaux Arts de la ville, prépare l’agrégation et sera reçu au Concours des Musées Nationaux.

Nelly Anne Saby