Dans les pas de Max-Pol

1983. La Ville de Châtillon choisit de rendre hommage à Max-Pol Fouchet en donnant son nom à sa nouvelle bibliothèque-médiathèque. Un jeune chargé de communication, Thierry Delafontaine, reçoit carte blanche pour en préparer l’inauguration et découvre à cette occasion une vie et une œuvre qui vont l’influencer durablement.
Témoignage.

td.jpg« De Max Pol, je ne me souvenais, lorsque j’ai été recruté pour mener à bien ce projet, que des émissions de télévision, regardées par mes parents, lorsque j’étais adolescent… et de sa voix !

J’ai donc entamé mon exploration de sa vie et de son œuvre, sans idée préconçue ni souci d’érudition, par la lecture de  « Demeure le secret ». Cela a été un choc.

Cette poésie me parlait au cœur…

Je me suis mis à tout lire avec passion, à regarder et à écouter ses émissions, à m’imprégner de son univers. J’ai été profondément impressionné par la personnalité, les convictions, les engagements, la pédagogie et la séduction qui émanaient de cette œuvre, avec laquelle je me sentais, au fil des semaines, de plus en plus en connivence, au-delà du rationnel.

L’accueil que m’a immédiatement réservé sa compagne, Marguerite,  a également été déterminant dans mon itinéraire.

Grâce à son soutien chaleureux et à sa confiance, j’ai pu entrer dans l’intimité de Max-Pol et ainsi conforter cette affinité, connaître le cadre familier de la maison rue de Bièvre et de son bureau, si émouvant et vivant, avec sa pipe et ses stylos laissés sur sa table de travail, comme s’il s’était absenté pour un instant.

Plus tard, j’ai accompli le voyage jusqu’à Vézelay et à Saint-Vaast-la-Hougue, son village natal de Normandie, dont je suis moi-même originaire, ce qui renforce ce lien intense de filiation que je n’ai cessé de ressentir par rapport à lui.

Cette découverte a profondément marqué la manière dont je conçois et pratique mon métier encore aujourd’hui. Max Pol m’a aidé à donner sens à l’idée même de médiation culturelle.

En réalisant cette exposition, je voulais modestement prolonger cette relation de respect et de confiance qu’il savait si bien engager pour nous faire découvrir la richesse de l’aventure des hommes, ces « appels » entendus et lancés, comme autant d’invitations à la liberté, à la poésie, au voyage…

Max Pol allait en permanence vers les autres, dans son engagement courageux au côté des opprimés, comme dans la transmission de son amour pour la peinture ou la musique.

Pour lui, tout méritait la curiosité.

Il abolissait la frontière entre culture pour une élite et pour la masse et donnait à son public les moyens de comprendre, en cherchant ce qui ferait écho chez lui.

Il n’a cessé d’avoir foi en l’homme, il croyait inlassablement à la faculté de se relever, de triompher du pire. Ses émissions nous apparaissent encore aujourd’hui extrêmement novatrices et audacieuses. Comme celle où il donnait à saisir Delacroix, dans un épisode de la série « l’aventure de la lumière » au moyen d’images de mai 1968…

La puissance de ses mots, la force de son engagement continuent de m’accompagner, un quart de siècle plus tard, dans la conviction qu’il faut travailler sans relâche à susciter la confiance chez autrui, à vaincre les peurs, et que l’histoire n’est qu’une répétition de luttes à mener pour construire un monde meilleur… ».

 

Propos recueillis par Anne Duvivier

Réf. Catalogue de l’expo. 1983