Le balayeur de la rue de Bièvre aussi

Né en Belgique en 1943, le photographe Jean-Pol Stercq, qui vit à Paris depuis 1976, cultive particulièrement l’art du portrait. D’où une galerie somptueuse, de Julien Gracq, Paul Guth et René Char à César et Zao Wou-Ki, en passant par Olivier Messiaen et… Max-Pol Fouchet, son ami.
Souvenirs, tout en sourires, en silences et pudeur.

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Comment avez-vous rencontré Max-Pol Fouchet ?

C’était en 1974. Je l’avais regardé dans une émission magnifique consacrée aux Impressionnistes. J’ai été subjugué par le talent avec lequel il vous emmenait au cœur de son sujet, par cette inoubliable voix chaleureuse… J’ai aussitôt eu envie de le photographier. Une amie commune nous a mis en relation et il a immédiatement accepté de me recevoir.

Ca s’est passé un dimanche d’hiver, rue de Bièvre. Il m’a accueilli avec sa cordialité habituelle et j’ai pris des photos, chez lui et dans le parc à deux pas de sa maison.

Voilà. Il a aimé ces photos.


L’une d’elles surtout est devenue célèbre...

Oui, la fameuse, près de l’arbre. Celle-là, il l’a voulue pour la promotion de son roman, La rencontre de Santa Cruz.


Quels temps forts de cette amitié vous ont particulièrement marqué ?

Je me souviens de l’avoir accompagné au vernissage d’une exposition consacrée aux Impressionnistes, au Grand Palais. Nous y avons croisé des personnalités de la radio et de la télévision, et j’ai été frappé de l’admiration et du respect infini que chacun lui témoignait. Ensuite, nous nous sommes promenés tous les deux dans l’exposition et Max-Pol m’a simplement commenté les toiles. Immense privilège d’avoir pour soi seul un tel guide ! J’en garde un souvenir éblouissant.

Je suis aussi allé avec lui à Anvers pour une conférence qu’il prononçait sur la peinture française. Il y avait un monde fou. Il a d’abord savouré tranquillement un bon dîner et puis il a été étincelant !


Et  vous êtes venu à Vézelay…

Bien sûr ! J’y ai côtoyé et photographié sa compagne Marguerite et sa fille Marianne.

Je passais de longs moments dans son bureau. Nous écoutions des disques classiques et souvent à la façon d’un chef d’orchestre, il suivait la musique avec de beaux gestes amples de la main. J’ai fait aussi des photos… Max-Pol était très photogénique !


Parliez-vous des photos que lui-même prenait au long de ses voyages ?

Oui, mais nous n’avions pas de discussions de technique photographique. Pour lui, il s’agissait essentiellement d’illustrer ses livres, ses conférences, ses émissions. C’était un travail très construit, de grande qualité, avec une âme.

A sa mort, ses clichés m’ont été confiés pour en faire des retirages destinés aux expositions.

Vous savez, rue de Bièvre, le balayeur… lui aussi il le regardait à la télévision.

Max-Pol se dépensait tellement pour tout le monde ! Il était tellement… humain.

 

Propos recueillis par Anne Duvivier